Présidentielles : les réponses des candidats

A l’approche de l’élection présidentielle, l’UNC a adressé un questionnaire aux candidats à la magistrature suprême, pour connaître leur positionnement sur les questions de défense et de respect des droits du monde combattant.

Ce questionnaire a été publié en page 10 de La Voix du Combattant datée d’avril 2017. Comme elle s’y était engagée, l’UNC publie sur son site internet les réponses qui lui sont parvenues.
A noter : les réponses sont publiées dans l’ordre dans lequel elles sont parvenues au siège national.


Voici les réponses de Marine Le Pen, candidate Front National

Question 1
Je demanderai à mon gouvernement de voir s’il est juridiquement possible de faire commencer les opérations extérieures en juillet 1962, et non deux ans plus tard. Il entreprendra donc, à ce sujet, une concertation notamment avec les associations qui ont pour objet social de défendre les intérêts moraux et matériels des anciens combattants.
Question 2
Il faudra élaborer un statut pour ceux qui donnent de leur temps pour protéger les Français en des périodes qui ne sont pas considérés juridiquement comme relevant des périodes de guerre. S’il ne faut pas confondre les époques d’hostilités ouvertes et celles réputées de paix quelles que puissent être les menaces sous-jacentes, la patrie doit être néanmoins reconnaissante envers tous ceux qui l’ont servie, surtout quand ils ont assuré ce service sur leur temps personnel.
Question 3
Je suis favorable à l’idée de calculer, pour les veuves de guerre avant le 03 août 1962, leurs pensions au taux du grade et je demanderai à mon gouvernement de pérenniser par une loi les 15 points de majoration forfaitaire qui ne sont que justice.
Question 4
Je suis favorable à une égalité de traitement et d’indemnisation pour les orphelins de guerre et les pupilles de la Nation de tous les conflits. Les Pupilles de 1939-45 dont l’acte de décès du parent décédé porte la mention « Mort pour la France » ne bénéficient pas par exemple des mêmes dispositions particulières prévues par les décrets 2000-657 du 13 juillet 2000 et 2004-75 du 05 juillet 2007. Les différences de traitement entre les pupilles de la Nation portent une atteinte insupportable au principe d’égalité et sont d’autant plus douloureuses qu’elles visent des orphelins, qui ont perdu leurs parents dans un conflit. J’y vois là une injustice profonde. Je m’engage donc à prendre un décret dès mon accession au pouvoir afin de corriger cette inégalité.
Question 5
À un moment où un candidat à la présidence de la République va à l’étranger pour accuser la France de « crimes contre l’humanité », il est du devoir du gouvernement de défendre la mémoire nationale et le souvenir de ceux qui ont servi
leur pays. Il faut promouvoir notre histoire à travers ses gloires et ses lumières. Un secrétariat d’État, dédié à cette mission, s’impose donc. Il s’inscrit dans la logique de mon engagement 91 : « Défendre l’identité nationale, les valeurs et les traditions de la civilisation française. Inscrire dans la Constitution la défense et la promotion de notre patrimoine historique et culturel. »
Question 6
Il appartiendra à mon gouvernement de décider des meilleures structures déconcentrées, destinées à organiser l’action de ce secrétariat d’État dans les départements, d’autant plus que l’échelon régional sera supprimé en tant qu’entité administrative. Je remarque d’ailleurs qu’il n'y a pas de coût supplémentaire au maintien du dispositif actuel.
Question 7
Pour des raisons qui tiennent à la vérité historique, j’ai toujours été opposée au fait que le 19 mars soit la journée nationale du souvenir et du recueillement des victimes civiles et militaires de tous les combats en Afrique du Nord. En concertation avec toutes les parties prenantes, je fixerai une autre date pour cette commémoration.
Question 8
Je suis pour un enseignement de l’Histoire qui donne à tous les Français, quelles que soient leurs origines, la fierté d’être français. C’est le sens de mon engagement 97 : « Renforcer l’unité de la nation par la promotion du roman national et le refus des repentances d’État qui divisent. »
Question 9
Tous les organismes qui peuvent servir à mieux faire connaître l’histoire de notre pays et l’abnégation de ceux qui l’ont servi, souvent jusqu’au sacrifice suprême, doivent fonctionner. Les jeunes générations ont le droit et le devoir de savoir. Or, ce Haut Conseil de la Mémoire Combattante, créé par Jacques Chirac, n’a jamais été réuni par Nicolas Sarkozy et par François Hollande. Pourtant, dans cette perspective, il pourrait avoir un rôle éclairant.
Question 10
Le budget de la défense ne doit plus être une variable d’ajustement. Je ne peux que citer, dans cet esprit, mon engagement 121 : « Augmenter dès la première année du mandat le budget de la Défense à 2 % du PIB puis tendre vers 3 % à l’horizon de la fin du quinquennat. Ces 2 % minimum seront inscrits dans la Constitution. Cet effort substantiel permettra notamment de financer :
• un second porte-avions baptisé « Richelieu », indispensable à la permanence à la mer de notre groupe aéronaval ;
• l’augmentation des effectifs (pour les reconstituer à leur niveau de 2007, soit environ 50 000 militaires supplémentaires) ;
• la pérennisation de notre force de dissuasion nucléaire ;
• l’augmentation générale de notre format d’armée (davantage d’avions, de navires, de blindés) et la modernisation des équipements ;
• le rétablissement progressif d’un service militaire (minimum obligatoire 3 mois).

 

Voici les réponses de Nathalie Artaud, candidate Lutte Ouvrière
Je tiens préalablement à souligner que ma candidature n’est pas, comme vous l’écrivez, une marque « d’attachement à la France » et de ma « volonté d’être au service » de mes concitoyens. Il serait trop long dans le cadre de ce courrier de vous expliquer ma conception du monde. Je me conterai de dire qu’il est pour moi divisé en classes sociales opposées, en exploiteurs et en exploités et que je ne me reconnais par conséquent pas de communauté d’intérêt avec des grands patrons du CAC 40 ou de lointains héritiers de la traite négrière ou du commerce colonial. Je tiens en revanche à faire entendre le « camp des travailleurs, et c’est également cette volonté qui oriente ma réponse.

Je n’aspire par ailleurs pas à la présidence de la république. M’engager comme vous le demandez sur des mesures qui ne concerneront que le président élu, n’aurait donc guère de sens à mes yeux.

Je voudrais donc répondre à certains points de votre questionnaire, mais essentiellement pour en dénoncer les postulats et certaines idées exprimées de façon plus ou moins implicites.

S’il ne s’agissait que de la reconnaissance du statut de combattant à « tous les anciens militaires présents en Algérie de juillet 1962 à 1964 », et de mesures favorables aux veuves de guerre (votre point 3) je ne verrais sans doute pas matière à discussion. De même que je comprends la revendication d’égalité de traitement et d’indemnités exposée par les anciens combattants, eux-mêmes victimes en l’occurrence, non pas d’un supposé ennemi, mais de leur propre État. Je sais en effet faire la différence entre les responsabilités de l’État, de ses dirigeants politiques et de son armée et le sort des militaires qui la composent. Je me permets également de rappeler la situation de tous ceux qui ont été exposés aux essais nucléaires dans le Sahara dont l’État français n’a jamais véritablement reconnu le préjudice, pas plus qu’à ceux dont leurs descendants sont encore victimes aujourd’hui.

Mais je ne peux réclamer le TRN, comme vous l’évoquez en votre point 2, au motif que « les militaires et les policiers veillent en permanence pour protéger leurs concitoyens ». Puisque vous évoquez l’Algérie dans votre point 1, et que vous le faites de nouveau dans votre point 7, je ne peux également que m’élever en faux contre cette autre assertion. En Algérie, il s’agissait bien à mes yeux d’une guerre, d’une « sale guerre » pour reprendre une expression consacrée menée contre le peuple algérien, y compris avec la peau de militaires et de civils, français ou non, appelés sous l’uniforme. Le courant que je représente, le courant communiste révolutionnaire, a en outre toujours vu dans les forces armées le rempart d’un certain ordre social et non pas le ciment d’une prétendue unité nationale. Un auteur célèbre a écrit, à propos d’une autre guerre, qu’on croît mourir pour la Patrie mais qu’on meurt toujours pour les industriels. Cela s’applique depuis à toutes les guerres dans lesquelles la France, et ses militaires, ont été engagés.

Votre deuxième partie de questions, consacrée aux enjeux mémoriels, suscite en moi en revanche entre incompréhension et indignation. Vous prétendez refuser toute « instrumentalisation de la mémoire » et promouvoir une « mémoire apaisée ». Mais vous vous élevez contre la journée du 19 mars – que je ne revendique pas particulièrement - en évoquant un « traumatisme encore à vif sur une grande partie de notre population » et affirmez votre refus de « toute démarche de repentance » . Ce dernier terme n’est pas non plus dans mon vocabulaire : je le laisse aux religieux. Mais vous semblez refuser le processus qui a mené à l’indépendance de l’Algérie comme la nature de cette guerre coloniale elle-même. J’appartiens pour ma part à un courant politique qui a toujours combattu la guerre menée par l’État français en Algérie pour maintenir sa domination coloniale, avec son cortège de tortures, d’emprisonnements, de déportations, d’assassinats et de massacres de masse. De cela, vous ne parlez pas, choisissant à l’inverse de souligner les populations civiles « spoliées » et le sort des harkis en Algérie. J’accepterai pour ma part d’envisager ces questions que si vous acceptiez de reconnaître que la spoliation fondamentale fut celle du peuple algérien tout entier en raison de la colonisation française engagée dans le sang dès 1830.

Quant à reprendre l’objectif d’un budget de la défense, c’est-à-dire de la guerre, à « au moins 2% du PIB », il n’en saurait évidemment être question. Je combats en effet le gâchis fantastique de moyens, de compétences que constituent la production et le commerce des armes ainsi que les interventions militaires des armées françaises. Je réclame par ailleurs avec mon organisation le retrait des troupes françaises d’Afrique comme de tous les pays où elles sont stationnées – ou combattent -  de façon permanente ou temporaire. Ces troupes ne servent à mes yeux qu’à protéger, de façon directe ou indirecte, les intérêts de la bourgeoisie française, quitte à s’appuyer sur les pires régimes qui soient.

Sans espoir de vous convaincre, je vous adresse ces quelques éléments de réponses. Elles sont en quelque sorte la preuve qu’il n’existe pas de communauté d’intérêts entre vous et nous.


Voici les réponses de François Fillon, candidat Les Républicains

1 - Les droits à réparation et à reconnaissance

Vous m'interrogez sur les droits à réparation et à reconnaissance des personnes qui ont combattu pour protéger nos compatriotes ou souffert de la disparition d'un proche. Je mesure ce que la France doit au  monde combattant, sur notre sol comme sur les théâtres extérieurs, et je partage votre préoccupation d'équité. Vous le savez, l'endettement de la France atteint plus de 2000 milliards d'euros, et le passif que nous laissera la politique de défense menée par ce dernier quinquennat est accablant. C'est la raison pour laquelle, si je suis élu Président de la République, je ferai aussitôt conduire une revue stratégique des moyens affectés à la défense, confiée au Chef d'état­ major des armées. Sur ces bases, j'engagerai ensuite un dialogue constructif avec l'ensemble des représentants des associations concernées dont, naturellement, votre association. Un ministre au sein de mon gouvernement sera particulièrement chargé de ce dialogue avec les anciens combattants.

2 - La mémoire. un domaine essentiel pour l'unité du pays

A l'égard de nos combattants, plus qu'un devoir de mémoire, nous devons respect et gratitude. Si la République est là, si nous vivons debout et non à genoux, nous le devons à ceux qui ont défié la mort pour nous. Soyons humbles devant leur exemple, mais soyons fiers d'être les héritiers de cette poignée de femmes et d'hommes qui ont changé le cours de l'histoire. Tant sont tombés pour notre pays ! Leur sacrifice serait vain, s'il ne continuait pas à nous inspirer aujourd'hui. La France que nous aimons, la France de la liberté, nous oblige. Elle nous oblige au rassemblement national lorsque l'essentiel est enjeu. Elle nous oblige à défendre nos idéaux. Vous attirez particulièrement mon attention sur la guerre d'Algérie. On doit regarder notre passé avec lucidité, et se garder d'insulter des générations entières : près de 1 million de rapatriés, des dizaines de milliers de harkis, et les descendants de tous ces hommes et de toutes ces femmes. Ils ont vécu dans leur chair l'histoire passionnée et douloureuse qui lia la France et l'Algérie.
Je veux du respect pour les mémoires, pour les douleurs, et non de l'instrumentalisation. La France doit assumer pleinement son histoire et son devoir de mémoire. Nos concitoyens, notamment les plus jeunes, doivent connaître leur passé, avec ses pages sombres mais aussi avec ses pages de bravoure dont nous sommes tous redevables. Je souhaite consacrer mon énergie à commémorer dans le plus grand respect la mémoire de ceux qui ont souffert pour la France. Concernant les combattants de la guerre d'Algérie, des combats du Maroc et de la Tunisie et leurs familles, je sais les conditions indignes dans lesquelles les rapatriés et Harkis furent traités à leur retour en métropole. je connais les exactions dont ils furent victimes postérieurement au cessez-le-feu du 19 mars 1962. Cette date du 19 mars ne peut pas être celle des commémorations et de la nécessaire réconciliation des esprits dans un climat apaisé. Nous devons donc œuvrer ensemble pour trouver une date qui permette la réconciliation. Le Haut conseil de la mémoire combattante, créé en 1997, comme La Fondation pour la mémoire de la Guerre d'Algérie, des combats du Maroc et de la Tunisie, mise en place sous mon gouvernement, sont tombés en désuétude sous le quinquennat de François Hollande. je soutiendrai votre proposition de relancer la réflexion qui permette de promouvoir u ne mémoire apaisée.

3 - La place de la France dans le monde, en particulier sa diplomatie et sa défense

Comme je l'ai dit plus haut, je souhaite conduire, entre mon arrivée à I'Elysée et la fin de l'été, une revue stratégique des moyens affectés à la défense. Je souhaite que cette mission de revue soit confiée au Chef d'état-major des armées, parce qu'il est le mieux placé pour en juger. Il pourra ainsi établir les besoins immédiats de nos forces, notamment pour le renforcement de nos capacités opérationnelles. Il faut redéfinir une trajectoire financière robuste et pérenne et je m'engage pour ma part à ce que l'augmentation des moyens se traduise dès l'année 2018 dans le budget de la défense. Nous devons en effet sans délai renforcer les capacités opérationnelles de nos armées. Je veux que nous adoptions avant le printemps 2018, sur la base d'une directive présidentielle de défense, une nouvelle loi de programmation militaire pour les années
2018-2023. Cette loi de programmation devra déterminer une trajectoire robuste et réaliste pour toute la durée du quinquennat. Elle sera calée sur une augmentation régulière et progressive des budgets de défense. Je m'engage à ce que cette trajectoire financière nous permette d'atteindre l'objectif de 2% du PIB lors de la dernière année d'exécution de cette LPM, c'est-à-dire en 2023.

Voici les réponses de Benoît Hamon, candidat du Parti socialiste

Monsieur le Président,

Je vous remercie vivement pour votre courrier du  21  février 2017, lequel rappelle l'importante vocation de  I'UNC, que vous présidez. De même, je vous suis reconnaissant d'avoir exposé, à travers vos questions, les enjeux qui  restent à relever en matière de réparations, de reconnaissance et de mémoire nationale.
Aussi, je saisis cette opportunité pour réaffirmer mon attachement profond à accentuer les  efforts déjà  entrepris pendant ce dernier quinquennat, pour réduire les  inégalités de traitement et d'indemnités qui existent encore entre  les catégories de combattants, les anciens comme ceux  d'aujourd'hui, des victimes que sont  les grands invalides, les veuves et les orphelins.
Mon ambition est de promouvoir une  concertation accrue pour trouver les  réponses adaptées, dans  un  nouveau cadre  institutionnel qui  aura  tiré, notamment, les enseignements du Haut conseil de la Mémoire combattante.
Bien entendu, je conserverai le Secrétariat d'État aux Anciens Combattants. De même, je   maintiendrai et  améliorerai  le  fonctionnement  des  directions  de  I'Onac-VG au niveau départemental. Je considère en effet  que  la modernisation du dispositif de cet Office  est un élément majeur pour réussir l'apaisement de la mémoire, ce qui est notre objectif commun, je n'en  doute pas.
Monsieur, vous  l'aurez compris, ma volonté est le renforcement du lien entre  la Nation et  son  armée. L'époque  que  nous   vivons et  la  nature des  menaces requièrent  un regain des consciences et de la vigilance citoyenne.
Dans cet esprit, il est de la plus  haute  importance que  les moyens soient  accordés au monde de la Défense  et des Anciens combattants. Sur  ce sujet, je suis convaincu que mon projet budgétaire d'atteindre au  moins 2%  du  PIB  est  venu  répondre à  votre dernière question. Le  discours sur  la  Défense  que  j'ai  prononcé à Strasbourg le  23 mars 2017 revient  sur ces  points essentiels : https://www.benoithamon2017.fr/wp­-content/uploads/2017/03/Benoit-Hamon-Mon-projet-pour-Ia-po1itique-de-1a-Defense-de­-la-France.pdf
Dans  l'espoir d'avoir  répondu à  vos  attentes, veuillez agréer, Monsieur le  Président, l'expression de mes sentiments les meilleurs.

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